Ces patrons qui cherchent désespérément des travailleurs !

 

C’est le paradoxe tunisien…d’un côté un chômage qui gonfle et de l’autre côté des patrons qui cherchent désespérément des salariés qualifiés au point de recourir à l’immigration illégale (travailleurs issus d’Afrique subsaharienne…)

On recrute dans l’agriculture, bâtiment, restauration, informatique, personnel de maison….

Mohamed est céréalier dans la région de Bousalem, Ahmed possède une orangerie au Cap Bon, Khaled a une petite société technologique à Tunis, Imen tient des commerces à Tunis et, Hatem est entrepreneur dans le bâtiment à Sousse, Faouzi a du mal à garder ses ingénieurs qui ne font que passer dans sa start-up avant de filer vers des cieux à l’étranger, Hamid et isabelle recherchent désespérément une gouvernante couchante . Tous sont à la tête d’entreprises bien portantes ou disposent de moyens et pourtant ils voient l’avenir en trouble ! Leur cauchemar : la pénurie de personnel qualifié et motivé qu’ils jugent sans issue pour le moment !

Pour nous en persuader, Imen nous raconte que cela fait plus d’un an qu’elle cherche en vain des pâtissiers et des vendeurs. Mohamed ne dort plus à l’idée de ne pas trouver assez de « bras » pour finir la moisson avant le ramadan, une « année exceptionnelle » nous précise-t-il ! Ahmed se désespère de ne pas trouver d’ouvriers permanents pour faire tourner sa petite orangerie. Quant à Khaled, faute de ressources humaines qualifiées dans l’informatique, il en vient même à remettre en cause sa vocation de chef d’entreprise !

Cette situation frappe tous les secteurs et principalement les petites et moyennes entreprises qui n’ont pas les moyens de faire dans la surenchère salariale. Néanmoins, certains secteurs aux pratiques sociales retardataires comme le bâtiment, la restauration, l’agriculture et le petit commerce pâtissent plus sérieusement de ce fléau. Leur dernier recours consiste bien souvent à recourir aux filières d’immigration clandestine particulièrement bien organisées entre la Tunisie et certains pays d’Afrique subsaharienne et du Maghreb (Cote d’Ivoire, Mali, Maroc…)

Le préjudice est déjà notoire dans le bâtiment où un chantier sur trois dans le « Grand Tunis » est ralenti par manque de personnel. Également, dans l’agriculture, des produits sont refusés par des clients à l’export à cause de conditions de cueillette trop tardives ou mal maitrisées par un personnel déficient.

Paradoxalement le taux de chômage en Tunisie atteint les cimes et les terrasses des cafés et salons de thé ne désemplissent pas. Alors, l’idée que certains Tunisiens ne veulent plus travailler fait naturellement son chemin ! Dans ces conditions, peut-on pour autant parler de fracture entre salariés et employeurs ?

call to action

Crise de la valeur « travail »

Nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins entre deux modèles de société. Le modèle sociétal légué par la génération « Ben Ali » a rompu graduellement avec la valeur travail en tant que pilier constitutif de la société. Le travail a été vidé substantiellement de sa fonction de pivot de la distribution des revenus, des droits et des protections au profit de “l’argent roi” érigé comme nouveau fondement de la société. Finalement, l’argent facile avec toutes ses dérives (corruption, affairisme….) s’est imposé comme la norme au détriment du travail, signe désormais d’infériorité voire de peine !

Certes, les entreprises tunisiennes ont tenté de promouvoir la vision d’un travail épanouissant mais sauf de rares exceptions, elles ont échoué. De façon conjoncturelle, la persistance de taux de chômage élevés, la qualité très médiocre des relations sociales et des conditions de travail, le développement d’emplois précaires, ont mis en évidence que la qualité du travail et de l’emploi ne constituait pas dans les faits un objectif majeur pour les chefs d’entreprise et l’Etat.

Depuis la révolution, le travail apparaît pour les salariés comme l’instrument privilégié d’une rédemption libératrice, d’un affranchissement du faible par rapport au fort. D’où les grèves régulières, le boycott d’emplois jugés pas assez décents et les rapports de force provoqués !

L’Etat aux abonnés absents !

Dans cette mutation, l’Etat est aux abonnés absents ! Avec à peine une annonce sur trente qui passe par les services de l’Agence tunisienne de l’emploi (ATE), l’Etat a échoué à réguler le marché du travail mais il a également abdiqué dans son rôle de médiateur social.

Aujourd’hui, l’Etat doit s’atteler à cette autre urgence périlleuse : réhabiliter la valeur travail ce qui passe par combattre chez le peuple, son attirance naturelle pour l’argent facile ! L’élan doit venir des politiques en osant s’attaquer de front à la corruption structurelle qui prévaut dans les administrations. Un travail gratifiant et une mission patriotique à hauts risques qui attend toujours de courageux candidats !

 

Samir Bouzidi

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