Enquête : Combien sont-ils réellement à quitter la Tunisie chaque année ?

C’est le fléau qui inquiète au plus haut degré les sphères économiques et académiques en Tunisie : l’émigration massive et notamment ce que l’on appelle communément « la fuite des cerveaux ». Et un chiffre vient alimenter régulièrement les inquiétudes ; selon l’OCDE plus de 90000 compétences auraient quitté la Tunisie entre 2011 et 2017 dont beaucoup de médecins.

Pour valider ou infirmer ces données, Allobledi a mené son enquête auprès des ambassades étrangères à Tunis et recouper les données tunisiennes officielles (notamment auprès de l’ATCT : agence tunisienne de coopération étrangère).

Et les conclusions sont loin d’être rassurantes puisque ils seraient entre 40 ET 50000 à quitter annuellement le pays, légalement ou clandestinement ! Parmi eux, on compte au moins 23 000 « compétences » (migration pour motif professionnel, coopération technique et étudiants) ce qui tendrait à affirmer voir à aggraver la tendance exprimée par les chiffres de l’OCDE. Les ingénieurs constituent l’essentiel des flux d’immigration professionnelle devant les professeurs (coopération technique) et les médecins (Coopération technique et migration professionnelle).

Migration pour motif économique

14000

Migration pour motif familial

13000

Coopérants techniques

3000

Etudiants

6000

Migrations clandestines

6100

Autres (migrations sur des zones sans visas : Algérie, Maroc, Afrique Subsaharienne…)

(inestimé)

Total

42100

*Source : compilations de données migratoires 2018 des ambassades étrangères à Tunis + ATCT + ONG

Crédits : Allobledi.tn

 

Et tous les canaux pour partir sont exploités ! Les jeunes dotés de moyens privilégient le statut étudiant tandis que ceux mal lotis s’embarquent à bord des bateaux clandestins pour l’Italie ou s’orientent vers des pays sans visa obligatoire (Algérie, Lybie, Afrique subsaharienne…). Les femmes sont majoritaires dans la coopération technique et dans les migrations à motif familial vers la France, Italie, Allemagne…(regroupement familial…).

A noter le rôle central des réseaux sociaux dans les stratégies de départ : on y cherche un mari, un employeur, une aide….Et dans le même esprit, les entreprises installées en Tunisie et tournées vers l’international (dont les call centers…) ou ONG sont des tremplins courtisés pour partir à l’étranger !

Sujet éminemment tabou, les désaffections lors de visites officielles à l’étranger ! On se souvient de ces deux affaires concernant des sportifs tunisiens à Marseille et en Espagne :

En conséquence, certaines ambassades ont tendance à durcir leur position pour l’octroi des visas d’affaires. Pour rappel, cette affaire en aout dernier qui avait défrayé la chronique : refus de visas par l’ambassade UK pour des médecins tunisiens !

Le gouvernement et la classe politique dans son ensemble manifestent une indifférence troublante sur cette question…il serait temps de réagir car il n’est pas certain que l’économie se remette de cette hémorragie !

 

Samir BOUZIDI

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