Mémoire : L’histoire du Bey tunisien qui a aboli l’esclavage !

Ce décret beylical entré au patrimoine universel de l’Unesco en 2017  fait la fierté des tunisiens. Mais que sait-on de l’homme derrière cette mesure visionnaire et quelles leçons tirer de son parcours 164 ans après sa mort ?

Fils d’un Bey et d’une ancienne captive d’origine italienne, le jeune prince et futur Bey « Ahmed 1er » prend la tête de la régence tunisienne à l’âge de 30 ans. Il reçoit quelques années plus tard, le fils du souverain français, en même temps qu’il autorise les chrétiens à élargir leur église situé sur une terre d’Islam, preuve d’une tolérance certaine.

Le roi Louis-Philippe l’invite la même année et fait de lui le premier chef d’Etat musulman à se rendre en visite officielle en Europe (1846), et ce sans l’assentiment de l’Empire Ottoman. Ce séjour nourrira ces ambitions de réformes pour la Tunisie, lui qui avait déjà fait preuve de ses mœurs libérales en refusant par exemple de posséder un harem comme les autres souverains ottomans avant lui. A son retour, le Bey de Tunis formalise son gouvernement et nomme ses conseillers « ministres » ; il dote la régence d’une Ecole Polytechnique au Bardo, et renforce son armée.
 

Une prise de position humaniste toujours d’actualité

Au-delà de ses mesures de proto-realpolitik, Ahmed 1er veut marquer les esprits ; il le fera en délivrant les hommes de leurs chaînes.

Dans cette perspective, il procède intelligemment par étapes : fermeture du marché aux esclaves dans la capitale avec l’appui des oulémas, puis interdiction de la vente de ceux-ci en dehors du territoire et enfin proclamation du décret le 23 Janvier 1846 sur l’équivalent d’une page A4. C’est officiellement à cette date que s’acheva la traite arabo-musulmane en Tunisie. Dans les faits, cette mesure rencontra de réelles résistances en régions : on n’éradique pas en quelques mots des pratiques millénaires génératrices de revenus considérables.
 

La Tunisie abolit l’esclavage avant la France et les Etats-Unis d’Amérique

L’histoire retiendra que grâce à Ahmed 1er, la Tunisie a été le premier pays arabo musulman à éradiquer cette infamie, devançant même les grandes nations européennes. La France et les Etats-Unis d’Amérique ayant abolit l’esclavage respectivement en 1848 et 1865.

Si la période des Bey ne fait pas toujours l’unanimité en Tunisie, notamment en ce qui concerne la gestion des dépenses publiques, il n’en demeure pas moins que Ahmed Bey marqua les esprits par son ouverture d’esprit. Il était un personnage fédérateur qui sema, sans nul doute, les germes de ce qu’on appelle aujourd’hui « l’exception tunisienne».

 

Moumtaez Ben Mabrouk

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