Que faut-il penser des nouveaux bureaux de change indépendants ?

La Banque Centrale de Tunisie (BCT) a annoncé la semaine dernière l’ouverture effective de sept premiers bureaux de change indépendants. Comme le stipulent les conditions d’octroi des autorisations (loi n°2014-54 du 19 août 2014), les promoteurs sont à l’unanimité des personnes physiques qui ont dû suivre une formation bancaire spécifique agréée par l’Association professionnelle des banques (APBT)…Si l’objectif public de ce dispositif ouvertement contre le marché du change informel est bien en phase avec les enjeux réels, on peut légitimement douter de l’efficacité du remède prescrit. Explications !

Autant l’écrire sans ambages ! Vouloir partir en guerre contre la manne considérable du marché noir des devises (on parle de 20 Millions de DT échangés quotidiennement) avec ce dispositif restreint à de « petits » indépendants, revient à envoyer une patrouille militaire creuser le « Djebel Boukornine » avec une cuillère à café. ! D’ailleurs, les premiers promoteurs concernés ne s’y sont pas trompés…ils étaient 36 à suivre la formation initiative d’opérateurs de change en octobre dernier et ne sont plus que 7 à avoir ouvert boutique, quelques mois après. Beaucoup s’étant découragés face aux tracasseries administratives et le volteface de la BCT qui a levé en cours l’exigence de diplôme (Maitrise) comme condition académique minimale. Un changement soudain que certains ont perçu comme une volonté inclusive d’ouvrir la profession à des profils pas ou peu académiques…comme peuvent l’être les contrebandiers.

Ce nouveau dispositif est surtout cousu de fil blanc par les banques pour préserver leurs positions confortables sur le marché juteux du change. ! Sinon, comment interpréter les nombreuses limitations qui encadrent l’activité de ces nouveaux entrants : un seul point par personne physique, pas de services de transferts, pas de change au GAB, ni TPE… Et surtout pourquoi ne pas avoir permis l’éligibilité des leaders internationaux du change (Travelex, American Express…) plus professionnels et plus structurés et en définitive de véritables forces de frappe contre les contrebandiers du change ? Si ce n’est pour préserver les parts de marché des acteurs bancaires et postaux en place…

Avec des conditions aussi restrictives, ne survivront à terme que les entreprises capables de faire du gros volume et donc souvent en affaires avec les contrebandiers eux-mêmes. Et le risque est réel suivant l’expérience marocaine, que les contrebandiers eux-mêmes investissent dans les bureaux de change pour blanchir leurs capitaux. Face à cette menace, la BCT a-t-elle les moyens (et la culture) pour contrôler la sincérité et la conformité de dizaines voire de centaines de transactions quotidiennes par point de change ?

Pour l’heure, le client final peut y trouver son compte ! Comme nous avons déjà pu le constater dans l’un des bureaux de change ouvert à La Goulette, les taux de change pratiqués sur place sont réellement plus intéressants que ceux en vigueur chez les banques…De belles promesses pour la suite !

Mais pour l’essentiel, il en faudra beaucoup plus pour contester et contrecarrer le fléau du change et de la contrebande. Dans cette perspective, le pays ne peut plus faire l’économie d’une vraie réforme qui passe par une libéralisation du secteur financier, l’éducation du client et une politique répressive des commerçants qui acceptent les transactions en devises (cliniques, hôtels, restaurants et épiciers dans les zones touristiques…). Dans ce domaine, les banques doivent aussi montrer le bon exemple ! Il n’est un secret pour personne qu’en Tunisie, moyennant le paiement de 20 dt, il est possible d’obtenir auprès de banquiers indélicats, un cachet sur votre passeport rechargeant automatiquement votre allocation touristique déjà consommée…

 

Samir bouzidi

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