Ces villes de Tunisie qui doivent beaucoup aux émigrés !

Historiquement, il est juste de rappeler que la première et principale vague d’émigrés vers l’Europe (années 60 et 70) est issue principalement des zones déshéritées du milieu rural. Conséquences aujourd’hui, dans certaines régions et villes tunisiennes, un habitant « local » sur quatre vit à l’étranger !

Ces migrants de la première heure sont pour la plupart partis avec l’idée de revenir. Pour préparer un retour radieux, ceux qui en avaient les moyens ont énormément investi dans leur région et village d’origine. Parmi eux, on compte les commerçants originaires du sud-est tunisien (Ghomrassen, Zarzis, Jerba…) et de la région du Kef/Jendouba. Sujet éminemment tabou, ces sommes considérables transférées largement au bled répondent également à des logiques d’évasion fiscale. Ces flux financiers considérables ont marqué à jamais la vie économique locale d’une bonne cinquantaine de communes parmi les deux cent soixante-cinq que compte le pays.

Si toutes les régions tunisiennes sont représentées au sein de la diaspora, les plus gros contingents d’émigrés sont issus des gouvernorats du « Grand Tunis », Sousse et Bizerte. Néanmoins, dans les gouvernorats de Médenine, Tataouine, Le Kef, Jendouba, Bizerte, Sfax… la part relative des Tunisiens de l’étranger peut atteindre un citoyen sur cinq  (contre 10 % en moyenne nationale).

TRE de la population totale en pourcentage selon villes

 

La palme nationale revient à Ghomrassen et ses alentours. Un « local » sur trois vivant à l’étranger (principalement en France, Italie et Allemagne). De juillet à octobre, la plupart des Ghomrasnis de l’étranger se donnent rendez-vous dans le clan familial. Cette commune du gouvernorat de Tataouine, austère en hiver, rayonne ainsi en été au rythme des mariages et fêtes familiales de la diaspora, malgré la chaleur torride qu’il y règne. La commune passe alors de 11 000 habitants à plus de 20 000, pour le plus grand bonheur des commerçants locaux. Ces derniers sont d’ailleurs très nombreux à n’ouvrir boutique qu’au moment de la haute saison. « Ici, on n’a pas de touristes, mais des enfants du pays qui dépensent dix fois plus que les touristes dans la Djerba voisine », résume un commerçant local. Il faut dire que les capitaux transférés par l’opulente communauté des commerçants ghomrassnis (plus de 500 boulangeries et snacks  en France…) ont donné vie à une économie locale dynamique : oliviers, cultures potagères, en particulier celle de l’asperge destinée à l’exportation, production de viande rouge et de lait, ainsi que commerce et immobilier. Et le potentiel est encore intact, comme nous le concède un banquier local sous couvert d’anonymat : « Les comptes en euros et en dinars sont ici très fournis, de quoi nourrir des dizaines de gros projets ! »

Cette empreinte des Tunisiens de l’étranger sur l’économie locale (commerce, immobilier, agriculture…) est  tout aussi notoire dans une cinquantaine d’autres communes tunisiennes. Citons Houmt Souk, sur l’île de Djerba (gouvernorat de Médenine), Zarzis (gouvernorat de Médenine), M’saken (gouvernorat de Sousse), Mahrès (gouvernorat de Sfax), Ghardimaou (gouvernorat de Jendouba), Menzel Jemil (gouvernorat de Bizerte), Dahmani (gouvernorat du Kef)…

Cet argent qui dort et ces micro-projets, quoique très concentrés, ne créent pas encore assez d’emplois. A l’État tunisien de savoir écouter et accompagner ces entrepreneurs au profit d’activités plus productives et créatrices d’emplois. Qui a dit que la Tunisie n’avait pas d’énergies ?

 

Samir bouzidi

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