Juifs tunisiens et fiers de l’être !

Attablé autour d’un lablabi « XXL » à la terrasse de son restaurant préféré à Belleville (Paris), Dany compte les jours qui le séparent de ses vacances estivales du côté de sa Goulette natale tandis que Michel nous parle de renouer avec sa Tunisie natale à l’occasion du prochain pèlerinage de la Ghriba (2 au 3 mai prochains sur l’Ile de Jerba). Pour Serge, Alex, Francine, Joëlle, Claude, René…la Tunisie c’est bien plus que des vacances mais une mère, une famille et des amis de toujours sur qui ils doivent veiller. Ils sont Tunisiens non musulmans et patriotes ! Et pour eux de confession judaïque, pratiquant ou pas, nul doute dans leur esprit que le pays qui les a vus naitre sera celui qui les portera en terre…

Forte d’environ deux cent mille membres, la communauté des juifs tunisiens se concentre en France (Région parisienne, Cote d’Azur…), Israël (Galilée, Néguev, Jérusalem, Haifa, Tel Haviv…) et aux USA (Los Angeles, Miami…). Si la plupart restent très attachés à leur tunisianité, une toute petite minorité a gardé le lien avec le pays d’origine. Les derniers bouleversements en Tunisie avec son lot de dérives ont  troublé le deuil ressenti chez une partie de la communauté suite à leur déracinement forcé. Rappelons que les juifs tunisiens ont émigré massivement en plusieurs vagues successives : l’Indépendance (1956), la « bataille de Bizerte » (1961), la « guerre des 6 jours » (1967) et au début des années soixante-dix suite à divers événements (« Guerre du Kippour », « opération Galilée en Israël », assassinat d’un rabbin à Tunis…).

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Ils sont seulement quelques-uns à n’avoir rien bouleversé de leurs habitudes de visite en Tunisie malgré les troubles depuis 2011 ! Au paroxysme de l’agitation en Tunisie, certains comme Lucien ont bien essayé d’aller se ressourcer ailleurs comme à Marrakech par exemple. Mais, « Marrakech, ça reste un voyage, Tunis c’est ma vie ! » nous confie-t-il. La plupart de ces patriotes n’ont même jamais mis les pieds à Tel Aviv et tous caressent le même rêve de s’installer durablement en Tunisie pour y passer une retraite heureuse. Là où ils vivent, Ils tiennent à démontrer leur double culture et leur attachement au pays natal. Tous militent pour la Tunisie mais regrettent à mots couverts de ne pas être davantage reconnus et stimulés ! Parmi eux, on compte les très « cathodiques » Michel et Serge. Ce dernier affirmait encore il y a quelque temps sur une grande émission TV française que le seul plat qu’il savait cuisiner était la « chakchouka tunisienne »… Autre figure emblématique de la communauté, René, le récent « malheureux» candidat au poste de ministre du tourisme nous confiait il y a quelques temps : « …malgré la crise du tourisme en Tunisie, je n’ai pas songé un instant en tant qu’agent de voyage à commercialiser le Maroc car c’était pour moi une grande trahison ! » comme Alex le restaurateur à Paris ou encore Joëlle l’artiste nourrissent de projets associatifs et/ou entrepreneuriaux pour la Tunisie nouvelle. Cette dernière, originaire de Tunis, nous confie son rêve de pouvoir enfin organiser un festival international du cirque tunisien à Tunis !

Mais la grande majorité de la communauté n’est pas animée du même engagement. Beaucoup de nos concitoyens se sont résignés à vivre le devoir de mémoire d’un passé qu’ils craignent comme révolu. Avec le temps, ils espèrent intimement pouvoir cicatriser leurs plaies et envisager  un « pèlerinage » réparateur au pays natal. Pour l’instant, ils partagent et rassemblent en guise de thérapie de groupe  leurs souvenirs heureux au gré de rencontres souvent festives et/ou sur les réseaux sociaux. Autour de l’historique « harissa.com », régi par Jacques Halfon, d’autres initiatives rassemblent pour ne pas oublier. Citons les pages sur Facebook : « Ya Hasra », « 120 000 juifs Tunisiens dans le monde » ou « Patriotes juifs tunisiens ». Simples évocations digitales d’un passé heureux révolu ou préparatifs de grandes retrouvailles? La Tunisie attend et espère…

A l’occasion du pèlerinage de la Ghriba (Ile de Djerba, du 2 au 3 mai 2018), Allobledi souhaite d’heureuses festivités à nos concitoyens de confession juive.

Samir Bouzidi

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