Les tribus en Tunisie

Le système tribal a été disloqué voilà cinq décennies et, pourtant, fouiner dans le passé de nos aïeux reste un besoin pressant, d’autant que les livres d’histoire, et en particulier scolaires, ne se sont pas attardés sur la question

La Tunisie a pour socle une centaine de tribus ce qui est sans commune mesure avec l’Algérie et le Maroc où elles sont beaucoup plus nombreuses. La plupart d’entre elles ont dû traverser « vents et marées ». Il y eut d’abord la politique menée par les beys et les deys, qui ont maté les rebellions et combattu les pouvoirs tribaux, sans parler de leur fiscalité qui a saigné à blanc les tribus. Vint ensuite l’établissement du protectorat français en 1881, avec sa politique de colonisation agricole : déposséder de leurs terres et de leurs parcours pastoraux ces populations rurales équivalait à une condamnation à mort.

Le phénomène de « nouzouh » amorcé dans les années 50, ce lent mouvement de migration vers les villes, a fini pas disloquer ces composantes essentielles de la trame sociale tunisienne

Si, aujourd’hui, les descendants des tribus sont installés dans tout le pays, il n’en a pas toujours été ainsi. En effet, chaque tribu ou groupement de tribus avait son territoire, qu’elle défendait pour sa survie. A la lecture d’une carte géographique dressée par Faouzia Ouerfelli, du Centre des études et de recherches économiques et sociales (Ceres), il ressort que jusqu’en 1881, date de l’instauration du protectorat français, le Nord était principalement occupé par les grandes tribus des Khmir, Béjaoua, Cherne, Riah, Dride, qu’au centre dominaient les Zlass, les Frachiche, les Majar, et que les Mthalith et les Nefafta se trouvaient dans la région du Sahel. Quant au Sud, il constituait le fief des Hmama, des Ouerghemma, des Jridyya, des Ghomrasnya, des Akara, des Agarba et des Mtaoua.

Le manque actuel de  sentiment d’appartenance à une tribu s’explique essentiellement par le facteur géographique. Contrairement à l’Algérie et au Maroc traversés par la chaîne de l’Atlas, la Tunisie se caractérise surtout par ses plaines, et donc une facilité de déplacement et d’échange. Tout naturellement, le sentiment farouche d’appartenance tribale s’y est moins développé.

Le passage de la vie tribale à la vie citadine est un fait marquant dans notre pays. Un fait qui s’explique par des considérations d’ordre économique et de sécurité. Prenons l’exemple de la région du Sahel où des tribus, réputées pour leur tempérament guerrier, s’étaient emparées des plaines des régions de Sousse, Sfax et Kairouan. Un pacte de cohabitation ne tarda pas alors à être scellé avec les habitants, et leur fonction de (planteurs d’arbres) finit par faire l’affaire de tous. Les autochtones pouvaient désormais se fier à leurs nouveaux voisins en leur confiant l’exploitation de leurs terres et, surtout, la tâche d’assurer la sécurité autour de leurs villes menacées par les razzias. Quant à l’occupation française, en spoliant les terres de parcours, elle a réduit les tribus à la recherche de subsistance à des groupements éparpillés dans le pays. Il ne reste ainsi finalement plus grand-chose des tribus.

Enfin, Il ne faut pas confondre tribalisme et régionalisme qui est lié à l’histoire récente de la Tunisie indépendante. Il trouve plutôt son explication dans les choix socio-économiques et la répartition de la richesse nationale. C’est pour cela que les efforts des pouvoirs publics doivent être orientés vers l’atténuation de tout déséquilibre régional.

 

Samir bouzidi

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