Les Tunisiens poids lourds du Maghreb

Selon les professionnels de la santé en Tunisie, Il est grand temps de tirer la sonnette d’alarme concernant le fléau de l’obésité et du surpoids !

Selon les résultats préliminaires de l’enquête “Tunisian Health Examination Survey- 2016”, révélés en Mai 2017, déjà 64,5% des Tunisiens étaient considérés en surpoids (dont 72,4% sont des femmes) et 30% sont obèses ce qui n’avait pas manqué d’être souligner par l’ancienne ministre de la Santé, Samira Marai Friaa. Le bilan rendu public fin d’année dernière par l’antenne locale de l’OMS (Organisation mondiale pour la Santé) a de quoi interpeller ! En moins de dix ans, le nombre d’obèses en Tunisie aurait donc doublé, rien que cela ! Au niveau mondial, seuls le Mexique, les Etats-Unis et l’Egypte font pire et à l’échelle régionale la Tunisie devance désormais l’Algérie et le Maroc !

Pas étonnant dans ces conditions de voir pointer les maladies cardio-vasculaires comme première cause des 90 000 décès annuels enregistrés en Tunisie. Les obèses étant plus exposés aux accidents cardio-vasculaires, diabète, troubles respiratoires, l’augmentation du taux de cholestérol dans le sang, l’arthrose et l’hernie discale…

Pour noyer leurs angoisses, les Tunisiens seraient-ils en train de se gaver ?

Pour noyer leurs angoisses, les Tunisiens seraient-ils en train de se gaver ? Probablement même s’il est bon de rappeler que l’alimentation excessive est indissociable du fameux « kif » tunisien. Dans notre pays, bien manger c’est surtout manger beaucoup ! Culturellement, Il n’y a pas d’heures pour se nourrir et les portions individuelles servies feraient le bonheur de deux individus en Europe. Alors qu’un repas traditionnel en Europe équivaut en moyenne à 1300 calories, en Tunisie, il faut compter au moins 2500 calories par repas (soit l’apport conseillé par l’OMS pour une journée ! ), avec teneur en sucres (sucres “lents” ou “rapides”) et matières grasses garanties à chaque repas !

 

 

 

Et, compliqué de garder la ligne dans un pays qui figure parmi le top 10 mondial en consommation de sucre, blé ou encore en concentré de tomate et, au premier rang arabe de la consommation d’alcool !

En Europe, « Mangez 5 fruits et légumes par jour »…En Tunisie « Mangez 5 fois par jour »

Quand il délaisse le repas traditionnel hypercalorique (plat en sauce, viande, pain et « gazouz »), le Tunisien s’attable pour une collation sucrée (café ou thé plus 3 sucres, dessert…) dans l’un des indénombrables café/salons de thé ou se paie un kif XXL dans l’un des 20 000 snacks et pizzerias que compte le pays. Autre tendance néfaste, la « junk food » (malbouffe) sucrée (biscuits, confiserie…) ou salée (chips, fruits secs…), omniprésente aux étals des petits commerces, dans les rayons des grandes surfaces, a condamné les dernières résolutions favorisant un régime alimentaire équilibré. Quant aux aliments sains (légumes, poissons…) ou allégés en sucre (yaourts, sodas…), ils sont plutôt réservés respectivement aux ménages plus aisés, aux malades, enfants et personnes âgées !

La sédentarisation dans les villes et un certain mal être social sont les premiers responsables de cette boulimie névrotique. Mais les pouvoirs publics qui subventionnent les prix des produits comme le blé, l’huile de palme, le sucre ou le concentré de tomates, ont indirectement encouragé l’obésité populaire, riches comme pauvres ! Et en l’absence de tout contrôle public et d’une législation adéquate, les grandes firmes de l’agroalimentaire s’en donnent à cœur joie, inondant le marché de produits toujours plus gras ou sucrés et n’hésitent plus à cibler directement jeunes et enfants.

Dans ce contexte, il devient urgent de considérer l’obésité comme une maladie à part entière puis agir en conséquence. Pas naturel dans un pays où l’embonpoint masculin est encore majoritairement perçu comme un signe d’opulence sociale et l’obésité féminine comme une fatalité maternelle !

Samir Bouzidi

Abonnez-vous sur notre page Facebook Allobledi

Commentaires