Tunisie, les jeux de carte font un carton !

Ahmed et son groupe d’amis viennent de s’attabler à la terrasse d’un café populaire au Bardo et, d’un regard jeté au serveur commande sa consommation habituelle. Ce dernier s’exécute automatiquement et commence par lui servir son jeu et tapis de Rami puis une première tournée de thés et « capuccin »… A côté d’Ahmed, d’autres habitués tapotent déjà fougueusement sur le clavier d’un portable placé au centre de la table autour d’une partie endiablée de Chkobba « digitale » …« Gagné, gagné…Khales el gazouz ! » s’exclame subitement l’un des joueurs en claquant l’épaule de l’un de ses compagnons de jeu.

C’est une réalité en Tunisie ! Les jeux de carte redeviennent à la mode et ils ont même la cote chez les plus jeunes. Cette mode du jeu amorcée pendant le Ramadan avec les familles et les groupes d’amis s’est depuis généralisée à tous et tout au long de l’année. Et, on ne fait ainsi que perpétuer une belle tradition tunisienne. Dans les quartiers aisés ou populaires, en ville ou à la campagne, on joue entre amis ou en famille, dès l’après-midi et jusqu’à tard dans la nuit….Il y a ceux qui préfèrent les cartes traditionnelle en carton et les autres toujours plus nombreux qui succombent aux nombreuses applications numériques de jeux pour smartphones ou tablettes… Aux côtés de nos indémodables « Chkobba », « Rami » et « Belote » et autres dominos, les nouvelles stars plébiscitées par les jeunes sont le « Uno » et « Lido » (jeux avec dés).

Les cafetiers n’ont pas tardé à intégrer les nouveaux profits à faire autour de ces jeux collectifs qui drainent des groupes entiers avec à la clé de belles tournées de consommations. Ainsi, la plupart des gérants de salons de thé ont activé le wifi gratuit (jeux en ligne) et mettent à disposition gratuitement les jeux de cartes (Chkobba, Rami, Belote…). Certains allant jusqu’à organiser des tournois, en semaine quand l’affluence se fait moins importante.

Le secret de cette frénésie autour du jeu réside dans l’évolution moderne de la société et aussi dans la crise économique actuelle. La société tunisienne est de plus en plus agressive et précisément le jeu de société permet de juguler notre agressivité dans des combats sans danger. Les jeux de cartes offrent des exaltations positives, partagées en groupe et accessibles à tous. What else ?

Dans ce beau tableau, il y a un anachronisme qui détonne ! A ce jour, l’impression des jeux de cartes Rami, Chkobba et Belote restent curieusement du monopole de la RNTA (Régie publique des tabacs) et les prix sont même fixés annuellement par arrêté du Ministère de l’économie et des finances. C’est unique au monde !

 

Samir BOUZIDI

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